Marieke nous fait la synthèse d'une conférence sur l'usage et l'histoire du vélo en Chine

L'empire en danseuse conférence sur le vélo en Chine par Eric Meyer L'empire en danseuse conférence sur le vélo en Chine par Eric Meyer

Marieke nous fait la synthèse d'une conférence sur l'usage et l'histoire du vélo en Chine

On peut remarquer la forte incidence de la décision politique sur le développement du vélo en Chine à travers la lecture de ce joli texte. Dans un premier temps un net rejet du vélo se fait sentir vers 1890 pour des raisons culturelles puis la révolution Maoiste décide que le vélo sera l'un des fers de lance du développement Chinois. Mao impose que "dans chaque ville, toute artère principale doit avoir une piste cyclable". Dans un autre contexte de développement économique récent, le gouvernement actuel est tenté de restreindre l'usage de la bicyclette pour que l'enrichissement chinois soit à la fois plus visible et l'industrie automobile puisse encore accélèrer sa croissance encore plus vite (bon OK, j'extrapole un peu, mes sources sont ailleurs et non citées...) mais le vélo résiste car il possède nombre qualités que vous pourrez redécouvrir dans la conclusion de cette présentation. Alors bonne lecture.

Quelques extraits de cette belle synthèse pour les plus pressés:

En 1897 à Shanghai les douanes permettent d’introduire des vélos. A l’époque un vélo coûtait de 12 à 20 livres et on ne comptait pas plus de 100 vélos vendus par an. Rares sont les chinois qui peuvent en faire l’acquisition étant son prix et la réglementation à laquelle il est soumis. Les seuls clients chinois étaient les compradors (ceux qui fournissaient aux européens leur marchandise) et les prostituées chinoises. En effet, le vélo leur permettait de montrer leurs jambes et était de plus un moyen de déplacement rapide, permettant donc une éventuelle fuite. Les seules personnes propriétaires de vélos étaient donc des transgresseurs et des personnes immorales, bref des personnes peu recommandables. Le reste de  la Chine rejetait le vélo au nom de la vertu, contre l’impérialisme. A ces raisons de rejet, s’ajoute le problème de type confucéen posé par le vélo. Un vélo ne tient pas debout seul. Il pose un problème d’équilibre et d’harmonie. La chute étant facile ce moyen de transport peut faire perdre la face (et rien n’est plus terrible pour un chinois que de perdre la face), ce n’est pas un moyen respectable de se déplacer...

...Mao et son régime détruisent tout : salle d’expos, de concerts, piscines, pistes d’aviation, les réverbères à gaz des rues de Shanghai… Tout ? Non. Pas le vélo. Le vélo subsiste. Le vélo devient en fait l’outil chéri du marxisme, c’est un outil fabuleux pour les clandestins : il permet de fuir rapidement, il permet de se déguiser. Le vélo a bien souvent sauvé la vie des communistes. Aussi lorsque Mao instaure les 4 objets que chaque chinois doit être en mesure de posséder, le numéro 1 est le vélo. Le jeune régime attribue les rares quotas d’acier,  de caoutchouc pour faire des vélos. Dans chaque ville Mao crée une usine de vélos. Un unique modèle est disponible, le Ralei (modèle que l’on trouve encore aujourd’hui). A cette construction massive de vélos s’ajoute le projet urbaniste du gouvernement socialiste : dans chaque ville, toute artère principale doit avoir une piste cyclable
La Chine est alors le seul pays au Monde où un tel projet d’urbanisme concernant les vélos est réalisé. Le vélo est intégré dans la ville...

Un oubli significatif dans le vélo chinois : l’éclairage. Les vélos chinois n’ont pas d’éclairage. La raison ? Passé 20h un bon chinois socialiste doit être chez lui, dans son lit, dans son foyer. Pas dans la rue !....

Les chiffres

1958 : la production est multipliée par 10.  (1 million de vélos produits par an)
1979 : 21 ans plus tard, la production est encore multipliée par 10 (10 millions de vélos par an) et ce malgré la révolution culturelle qui a supprimé tout investissement en Chine.
1987 : La production passe à 40 millions de vélos 
2002 : La production de vélos en Chine atteint 60 millions de vélos soit 2/3 de la production mondiale. 
Aujourd’hui : On compte plus de 1000 marques et plus de 70 millions de vélos sur le territoire chinois.

Le déclin du vélo : Le piratage : Les chinois sont réputés pour leur piratage (dvds, marques en tout genre), le plus souvent le piratage est interne à 
la Chine. Les chinois se piratent entre eux : 97% du piratage est inter chinois. La marque de vélo For Ever produit 70 000 vélos par mois alors que 250 000 vélos For Ever sont vendus par mois… Le vélo a le même aspect extérieur, mais 3 fois sur 4 c’est un faux. Du coup For Ever vend moins, et le budget alloué à la recherche diminue.Trop de PME : La structure économique chinoise est faite de clones de structures de petites tailles, le plus souvent des structures familiales. Ce qui entraîne en fait une perte de temps, d’argent et un manque de recherche. Le vélo chinois ne peut donc pas suivre les demandes du marché, sa seule solution pour rester compétitif est de baisser considérablement les prix. Ainsi en 2004 au salon du vélo de Shanghai on pouvait trouver des vélos Mountain Bikes à 10 euros pièce. En 2003, tous vélos confondus,  la Chine a exporté 45 millions de vélos et n’a réalisé que 1,2 milliards d’euros de profits, ce qui fait un prix moyen de 10 à 15 euros par vélo, ce qui est ridicule : tout le monde s’est coupé l’herbe sous le pied. Giant est une exception. Cette marque de vélo a su se situer dans un créneau libre de toute compétition. La marque Taïwanaise a produit en 2002 plus de 5 millions de vélos. Arrivée tardivement sur le marché chinois (elle a laissé aux autres marques le soin de s’autodétruire), bien conseillée la marque a opté pour une tactique tout a fait différente : là où les autres font du bon marché Giant a fait des vélos de luxe ; afin d’éviter le piratage la marque sort très fréquemment des nouveaux modèles. Le vélo Giant est donc l’un des moins piraté, mais c’est le plus volé ! La marque crée sans cesse de nouveaux modèles, utilisant des nouveaux matériaux. Les 65 dessinateurs des vélos Giant travaillent hors de Chine (à Taiwan, en Californie, à Amsterdam…) afin de garantir un meilleur respect de la propriété intellectuelle.La politique anti-vélo de l’Etat : L’état chinois est contre le vélo. La société veut brûler son passé (« du passé faisons table rase »), les villes sont détruites afin d’être « modernisées ». Ainsi entre 2000 et 2004 de nombreux hutongs ont été détruits à Pékin. Des centaines de marchands ambulants et de petits métiers en tout genre disparaissent. Certaine nourritures chinoises parfois jugées peut hygiéniques disparaissent.  La Chine détruit son passé afin de montrer qu’elle est riche. En ce qui concerne le vélo, ce dernier n’apporte rien d’un point de vue économique tandis que la voiture rapporte beaucoup plus. Dans de nombreuses villes le vélo devient interdit, ainsi à Shanghai 53 artères sont maintenant interdites aux vélos. Face aux recrudescences de vols de vélos la police ne fait pas grand-chose : les peines encourues sont souvent faibles. Même dans les parkings gardés on peut se faire voler son vélo : c’est un découragement à l’achat. On compte quand même encore 300 à 500 millions de vélos en Chine....

Le retour du vélo ?

Le vélo connaît donc une période de déclin. Mais… Le vélo va remonter. A Pékin les vélos circulent en moyenne à une vitesse de 15km/h tandis que la voiture ne va qu’à 8km/h. La voiture censée montrer une hausse sociale perd en fait son intérêt : on se retrouve coincé dans des bouchons interminables. De plus le rejet du vélo a son coût : les chinois font moins d’exercice, la pollution augmente, les petits métiers à vélo (coiffeurs, vendeurs ambulants…) sont menacés, c’est la perte d’une biologie sociale. De plus 
la Chine est le pays au monde qui a le plus d’accidents de la route : 100 000 morts par an pour 20 millions de véhicules. L’organisation mondiale de la santé prévoit 500 000 morts en 2020 (soit deux fois le tsunami). Aucun état au monde ne peut se permettre ça : c’est la disparition assurée d’une couche sociale (le plus souvent les morts au volant sont des hommes jeunes, pères de famille qui assurent les revenus mensuels de leur famille, leur disparition peut être fatale à la famille). L’OMS a estimé le coût social d’une telle perte : 21 milliards de dollars par an. Soit 0,4 % du budget annuel de  la Chine. Dans seulement 6% des cas le mort est l’automobiliste. Le reste du temps il s’agit de piétons ou de cyclistes. Afin d’enrayer ce problème, le gouvernement chinois a sorti en avril 2004 une nouvelle loi : toute personne au volant d’une voiture face à un vélo ou un piéton est responsable de l’acte sauf si on montre qu’il s’agit d’une tentative de suicide (  la Chine est aussi le pays avec le plus fort taux de suicide). Comment continuer à assurer des voitures avec une telle loi ?


Comme quoi le vélo a encore de beaux jours devant lui en Chine ... et ailleurs. Comme disait Julos Beaucarne

L
a révolution passera par le vélo, camarade.
Ah la bicyclette !
Elle te permet d'aller
Cinq fois plus vite que le piéton,
Tu dépenses cinq fois moins d'énergie,
Et tu vas cinq fois plus loin,
En vérité je te le dis camarade,
La révolution passera par le vélo.

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